dimanche 29 juin 2008, par Fanny Sylvestre
Dans nos sociétés occidentales, la virtuosité technique acquise de façon traditionnelle dans les ateliers ou les écoles professionnelles permet de réaliser des bijoux alliant prestige et valeur marchande. Cependant, depuis les années 1970, la création de bijou contemporain remet ces valeurs en cause. Dès lors, ce savoir-faire a-t-il encore un sens ? L’idée transmise à travers l’objet ne prime-t-elle pas ?
En observant les pièces sélectionnées, fabriquées par les créateurs eux-mêmes, on se rend compte que les deux facteurs co-existent : le savoir-faire manuel reste très présent dans la mesure où ces bijoux témoignent d’une attention portée à la belle facture, d’un choix judicieux des matériaux, d’un réel plaisir à fabriquer un bel objet. Mais cette habileté de la main est au service de l’expression du questionnement particulier de chacun. C’est cette combinaison qui donne tout son intérêt au bijou contemporain. On peut se laisser aller au plaisir des yeux tout en y associant un agréable sentiment de titillement intellectuel. Benjamin Lignel, bijoutier et historien de l’art, énonce un certain nombre de caractéristiques communes au bijou contemporain. Il souligne des « notions d’individualité, d’habileté manuelle et de créativité, et sa relation conflictuelle avec le bijou produit en grande série. » Et ajoute les éléments suivants : « le corps humain comme champ d’investigation ; des choix de méthodes et de mise en pratique ouverts, inspirés de l’art, mais compliqués par la notion de portabilité ; […] une certaine émancipation par rapport à la vocation commerciale du bijou en général, qui ne serait là que pour séduire et satisfaire le consommateur. » [Dans Metalsmith Magazine, automne 2006]. Ce sont là quelques pistes qui permettent de mieux cerner les préoccupations des créateurs de bijoux contemporains.
A part quelques exemples isolés, il serait difficile de trouver en Europe une école caractérisée par son ancrage territorial. La plupart des écoles européennes du bijou ont développé un style international, qui se base davantage sur l’identité du créateur que sur son origine. L’Europe a, dès les années 1980-90, représenté un creuset pour la création de bijou contemporain. Encore maintenant, des étudiants du monde entier y viennent pour se former. Les créateurs qui ont passé par des écoles européennes sont donc bien au centre des réflexions qui existent dans le domaine du bijou contemporain.
Pour cerner de plus près les relations qui existent entre les participants à l’exposition, ceux-ci ont répondu à un questionnaire sur la transmission du savoir. Leurs réponses font écho à leurs créations dans l’exposition aussi bien que dans le catalogue.
Tous les bijoutiers relatent ainsi comment ils ont vécu leurs années de formation, leur rapport avec leur(s) maître(s), qui les a poussés, soutenus, découragés, de qui ils se souviennent plusieurs années plus tard, comment certaines connivences se sont mises en place. Certains élèves, devenus maîtres à leur tour, continuent une démarche artistique développée sous l’influence de leurs professeurs. Fabrice Schaefer, qui enseigne à la Haute école d’art et de design de Genève, dit : « ‘Transformer un matériau’ était au coeur de l’enseignement d’Esther [Brinkmann] ; ce thème, je le travaille encore ». D’autres, au contraire, s’inscrivent en rupture totale avec eux : « Je crois que je n’ai jamais été fidèle à mon professeur. Nous n’avons pas du tout la même façon d’envisager le métier et de créer des bijoux. » (Marc Monzó, 1973, SP).
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